L-Anecdotes - 2eme série
Les Anecdotes
Pour quelques châtaignes …
Sources: André PLAINECASSAGNE de FIRMI natif d'Escandolières.
En ce temps-là i1 y avait dans un village proche d'ESCANDOLIERES deux belles soeurs. N et M, qui ne vivaient pas en bons termes c'est bien le moins que l'on puisse dire…
Comme par hasard, en plusieurs endroits, leurs propriétés étaient limitrophes, augmentant, comme il est coutume, les tensions de voisinage. Particulièrement deux parcelles séparées par un chemin de servitude faisaient périodiquement l'objet de conflits. Parce que ce chemin de servitude avait régulièrement tendance à se déplacer vers le bas, dans la châtaigneraie de M. agrandissant d'autant le champ situé en amont appartenant à N… Bien sûr, la "carrugue" n'avait pas de direction assistée. Les boeufs avançaient à l'a peu près et le bouvier roulait quelquefois sa cigarette, oubliant de contrôler l'équipage…
En conséquence les châtaignes de M, de belles "tounives"[1] tombaient dans la propriété de N. déplacée de plusieurs mètres du fait du déplacement du chemin. Il faut souligner que dans les décennies 50 et 60, les châtaignes avaient gardé encore une certaine valeur.
Les fruits tombant sur la propriété de N. lui appartenaient. C'est la règle. Mais où était donc la véritable limite des propriétés, compte tenu des déplacements successifs du chemin ? Plus tard une vérification réalisée par un géomètre confirma bien la différence de plusieurs mètres.
Et ceci donnait naissance à chaque automne au même litige. L'une et l'autre allaient régulièrement plusieurs fois par jour visiter les lieux, lorsqu'elles pensaient que "l'adversaire" n y était pas et en profitaient pour ramasser les fruits à terre, notamment dans le chemin.
Un jour, bien sûr, ce qui devait arriver, arriva. Au début d'un après-midi d'octobre elles se trouvèrent toutes deux sur le chantier, et inutile de le dire, dans le même but. Le chemin était recouvert de beaux fruits, et comme ce n'était pas le moment de perdre du temps, chacune s'installant à l'opposé de l'autre, se mit â ramasser à la vitesse grand "V" le maximum jusqu'au moment où la rencontre eut lieu. Logiquement il fallait bien que cela arrive. II y eut des tentatives de s'emparer du panier de l'adversaire. Peine perdue ! Chacune tint bon. Alors elles se rapprochèrent jusqu'à se toucher le bout du nez et jusqu'à lunettes contre lunettes, Aucune ne recula. Mais cette première phase fut de courte durée.
Les chapeaux ayant déjà roulé à terre, et les paniers posés, les chignons que chacune possédait remplacèrent avantageusement toute autre forme de rixe. En une seconde ils furent défaits et tendus comme des cordes. Quelle fut la plus forte dans bette deuxième phase ? Personne ne pourra jamais le dire, mais voilà qu'elles se trouvèrent déséquilibrées et tombèrent a terre, l'une sur l'autre, tirant sur la crinière, tapant, criant, et roulant sur les bogues piquantes, la bruyère jouant un modeste rôle d'amortisseur.
Elles roulèrent une vingtaine de mètres. Roule que rouleras, il y a bien quelque chose qui t'arrêtera. Ce fut un châtaigner - Et toutes les deux se plaignirent discrètement durant quelque temps de douleurs dans les côtes…
A terre, harassées, elles eurent du mal à se relever seules. Mais pas question de s'entraider bien sûr. Elles finirent par arriver à se remettre debout.
Mais pas de lunettes… Et comment chercher des lunettes… sans lunettes…
Chacune partit à la recherche de son bien, dans la bruyère et les bogues piquantes qu'elles ne voyaient même pas. Au bout d'un moment N. en trouva une paire, les mit sur son nez, prit son panier et partit chez elle, cheveux au vent.
Enfin M. réussit à trouver la paire restante, les mit en place sur son nez, et comme N. prit son panier, et ébouriffée rejoignit son domicile.
Mais quelque chose n allait pas. Elle n 'y voyait pas bien. Dans la bagarre, pensa-t-elle les lunettes ont du se tordre.
Deux jours après M. eût l'explication. Interpellée par N. elle fut surprise de s'entendre dire : « Rendez-moi; mes lunettes, je n'y vois rien avec les vôtres. Vous les avez là… »
L'échange eut lieu sans commentaire ni incident. Mais pour les piquants des bogues dans les fesses, personne n'en parla. Selon certaines personnes elles se les frottèrent durant quelque temps … Mais personne ne sut jamais pourquoi…
Et tout cela pour quelques "tounives"….
[1] Tounives – variété de châtaignes.
A chaque saison, son chemin pour l'école.
De: Guy DUMOULIN, en hommage à nos instituteurs Mr et Mme DOUZAL. .En souvenir des espoirs qu'il mettait en nous, et que nous nous sommes régulièrement appliqués à décevoir.
Nos parents nous l'avaient appris, ce chemin pour l'école d'Escandolières, l'avaient fait avec nous, le dimanche matin, pour aller à l'église. Les grands frères nous avaient expliqué le parcours qu'il fallait raconter en arrivant à la maison, qui ne quittait pas le chemin empierré puis la route goudronnée. Mais ils nous avaient aussi enseigné l'itinéraire à préférer, qui aimait à traverser ruisseaux et bois profonds aux « igues » effrayantes et rochers menaçants... Selon les promesses de la saison, ce chemin, mille fois recommencé, n'avait que le départ et l'arrivée qui conservaient quelque azimut. Le reste procédait de notre fantaisie, de notre plaisir de découvrir et d'imaginer. Car à ce temps de notre enfance, les bois étaient peuplés de nymphes et de sylphides, de gnomes et de nains, mais aussi d'ogres et de brigands, puisque les contes le disaient.
En septembre donc, on commençait à repérer l'arbre qui produirait le mois suivant ces châtaignes rouges et brillantes, bien plus appétissantes que celles que l'on trouvait communément. On en profitait pour se salir les lèvres des dernières mûres que l'on avalait en vitesse en rattrapant les autres. Eux, chapardaient des pommes sur les terres d'un homme qui faisait mine de ne pas nous voir, dont nous avions pourtant décidé qu'il était effrayant, et qu'il nous faisait peur... Puis l'idée des champignons nous venait. Les girolles et les oronges magnifiques, les cèpes lourds aux bordures des prés nous les connaissions tous, les choisissions même, tant il y en avait…
Début octobre, le rouge éclatait : celui des feuilles mortes des merisiers, puis l'orangé des hêtres, le vert-jaune des forêts, tout était enchanté. Les fougères à demi séchées égratignaient nos jambes, les ruisseaux emportaient en Amérique nos bateaux improvisés, nos poches s'emplissaient des châtaignes de longtemps repérées. Nous avions par hasard trouvé un néflier dont il faudrait se souvenir après les premières gelées...
Dès novembre, il s'agissait d'organiser sérieusement notre parcours pour trouver un genévrier que nous couperions en décembre comme arbre de noël. Les détours s'allongeaient au retour de l'école: quand on en trouvait un bien feuillu, il fallait s'assurer qu'il était bien droit et que personne ne se l'était réservé… Il y avait aussi le houx qui se couvrirait de boules rouges, et celui qui n'en ferait pas... et le gui dans les pommiers ou les peupliers… Malgré nos capes en laine noire (qualité garantie par La Redoute à Roubaix), on rentrait trempés. Quelquefois, on oubliait le néflier…
Avant de partir, les matins de décembre, on avait eu droit au grand bol de lait à la crème épaisse, dans lequel on dosait deux cuillères de ce Banania exotique, dont le paquet nous instruisait que tous les hommes ne sont pas blancs et ne portent pas de béret. Ou cette chicorée venue «du nord», rare plante inconnue de nos champs, et dont les longs paquets nous étaient devenus familiers. On savait qu'il allait neiger et faire froid. J'avais d'ailleurs eu la bonne idée de commencer l'école en 1956, dont l'hiver a marqué les mémoires. Comme il ne convenait pas à cette époque de porter des «pantalons longs» avant l'adolescence, on avait droit aux bonnes chaussettes en laine qui témoignaient de l'attentive affection d'une grand mère tricoteuse.
Si la neige tombait en janvier, elle adoucissait le temps, et remplaçait au matin le brillant des arbres gelés, les glaçons qui pendaient aux rochers du pont de Galès. Tout au long du chemin, on jouait avec la neige, les plus faibles pleuraient, les autres ricanaient. On savait que demain les plus grands feraient une luge, ou carrément des skis (René savait en faire avec les douelles d'une barrique sur lesquelles il clouait deux boites de conserve pour enfiler les pieds). II faisait nuit de bonne heure: comme en novembre, on rentrait tout mouillés.
En février, on s'ennuyait un peu: on avait épuisé les plaisirs de la neige. Pourtant, le matin, on ne pouvait s'empêcher de suivre un moment ces traces de lapins, ou ces pattes d'oiseaux, qui sillonnaient les prairies immaculées. En ces temps là, le petit gibier était abondant, la trace d'un renard toujours possible, mais l'empreinte d'une biche restait une exception. Autour des maisons, les moineaux pullulaient, s'égarant dans les séchoirs à maïs où des mains expertes iraient les capturer. Il reviendrait aux enfants de plumer avec application ces oiseaux minuscules, pour en farcir une dinde, ou garnir un copieux plat de riz collant comme on l'aimait alors.
Au mois de mars, on descendait plus rapidement après la classe, en se gardant des derniers froids, et en bavardant de choses essentielles en marchant plus serrés. Plus les filles grandissaient, plus elles se tenaient à l'écart entre elles, et moins elles avaient de choses à dire. On s'en foutait pas mal, d'ailleurs, si elles ne s'intéressaient à rien. Si on capturait un hérisson, ou une grenouille, ou une tortue de terre, le lendemain, on l'apportait dans une boîte à chaussures à notre instituteur. Il y trouvait aussitôt motif à nous instruire en s'échappant un peu du rigide programme imposé par l'académie. Le soir, il arrivait que l'animal ait survécu à l'intérêt qu'on lui portait...
Avril agitait les oiseaux, et nous donnait l'idée de les chasser. Il fallait donc fabriquer des frondes. Selon sa fortune, on achetait au marché des élastiques noirs et de section carrée, ou on les découpait dans de vielles chambres à air. On coupait une tige de noisetier juste avant qu'elle ne se sépare en deux branches symétriques, et on ajoutait un morceau de cuir dans lequel le projectile trouverait bien sa place. Les oiseaux ne soufflaient guère de l'adresse avec laquelle cet équipement était manié… mais l'espoir de tuer un merle était là, et les merles ne manquaient pas.
Les fleurs du mois de mai nous surprenaient alors : coucous jaunes, buisson ardent éclatant aux portes des maisons, lilas blancs et violets, iris fragiles aux terrasses des vignes. Nous connaissions même des fleurs qui nous offraient à sucer leur pédoncule sucré… Les jeunes pousses des châtaigniers se transformaient en sifflets si l'on savait séparer l'écorce sans la déchirer, et couper en biseau l'aubier que l'on glissait à nouveau soigneusement à l'intérieur. En ces temps, personne n'aurait interdit un couteau dans la poche d'un écolier.
Juin n'était que promesse de vacances. Tout préparait l'été: champs de blé colorés de coquelicots et de bleuets, mais qui produiraient aussi bien des épis mélangés aux grains jaunes rouges et bleus, grillons que l'on saurait bien dégager de leur trou avec un fétu de paille habilement agité, promesses de vraies cigales du midi dans quelques endroits du bas de la commune. Sur le chemin de l'école, on pensait forcément à ce que l'on ferait lorsque nos parents oublieraient de nous occuper.
Je dois encore à ces étés, à la scrupuleuse attention de ma mère pour de bonnes lectures, ce goût de raconter...

Une leçon d'humilité :
De : Jean-Pierre NOYÉ d'Escandolières.
Je devais avoir 4 ou 5 ans, je me souviens de ces clientes qui venaient à l'épicerie acheter quelques produits. Les échanges se faisaient en patois et la monnaie était parfois convertie en sous …
Toutes les semaines, un camion nous réapprovisionnait en beurre et fromages. Le choix était limité : Une petite part de Roquefort et une de Gruyère plus un gros morceau de Laguiole que ma mère revendrait au détail.
Je revois ces grosses parts de Laguiole où les étiquettes de provenance et de poids étaient maintenues par des clous que l'on gardait précieusement sur une étagère, derrière le comptoir, dans une vieille feuille de journal pliée.
Ce matin là, après la messe, une dame d'un village proche, rentra dans l'épicerie avec une baguette de pain. Elle venait récupérer une poignée de ces clous à fromage qu'elle allait utiliser pour ferrer et réparer ses galoches. La flûte de pain m'était destinée en guise de paiement. Je l'entends encore me dire tout en me mettant la baguette dans mes petites mains : « C'est pour toi, mais un jour, il te faudra le gagner … »
Légende de LESTRADE ou du Fer de l'âne :
De : Jules CARLES raconté par la famille CARLES d'Escandolières :
Sur la petite crête qui sépare deux modestes affluents du Lot, le Rieu mort et le Rieu vif, passe, depuis toujours pourrait-on dire, un chemin qui s'est amélioré au cours des siècles jusqu'à devenir une route départementale. A l'endroit ou elle est croisée par un autre chemin moins important, se trouve un hameau qui s'appelle Lestrade, autrement dit : La Strata, le Chemin. Ce nom que 1'on découvre sur les cartes géographiques assez détaillées pour en tenir compte, est relativement peu connu dans la région où 1'on ne parle guère de Lestrade, mais du Fer de 1'âne. Ce nom assez trivial évoque une longue histoire : il nous fait remonter à quelque dix mille ans en arrière, jusqu'à l'époque Néolithique, l'âge de la Pierre polie.
Pour qu'un silex puisse être utilisé comme arme ou comme outil, on ménage une pointe ou une lame tandis qu'on polit ou arrondit tout le reste de la surface pour pouvoir le tenir solidement en mains. Pour le polir, il n'est pas de roche plus précieuse que le grès rouge qui abonde dans cette région. Sur cette surface plus ou moins plane, d'un geste semi-circulaire de l'avant-bras, on frotte le silex qui s'use lentement tandis que la main trace indéfiniment un demi-cercle sur la surface du grès rouge. Ce demi-cercle ressemble à un fer à cheval ou, plus populairement à un fer d'âne, un âne énorme et fabuleux. L'après-midi du dimanche, d'assez nombreux promeneurs faisaient un détour pou voir le Fer de L'âne.
Au début du 20ème siècle, ce bloc de grès rouge que rien ne protégeait fut dynamité par quelqu'un qui cherchait de la pierre à bâtir et que la Préhistoire n'intéressait pas : on ne sait plus pourquoi ce hameau s'appelle Fer de l'âne.
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